Le décryptage des
mécanismes de synthèse de
métabolites secondaires chez
Streptomyces pourrait mener
à la découverte de plusieurs
milliers de nouvelles
molécules d'intérêt
thérapeutique ou industriel.
Liège, 4 juillet
2008 - Les
derniers travaux publiés par
une équipe du Centre
d'Ingénierie des Protéines
(CIP) de l'Université de
Liège, en collaboration avec
des scientifiques
néerlandais et allemands,
ouvrent de nouvelles
perspectives pour la mise au
point de nouvelles
générations de molécules
antibiotiques et de
thérapies anticancéreuses.
Plus particulièrement, leurs
travaux apportent un
éclairage fondamental à la
compréhension de la synthèse
de métabolites secondaires
par les Streptomyces. Les
Streptomyces sont
un genre de bactéries à
l'origine de plus des deux
tiers des antibiotiques, des
agents anti-tumoraux et de
beaucoup d'autres molécules
d'intérêt pharmaceutique ou
industriel. Ils sont
considérés comme le
paradigme des
microorganismes capables de
synthétiser des molécules
naturelles par le biais de
son métabolisme secondaire.
L'espoir que ces bactéries
soient à nouveau une source
majeure de découverte de
nouveaux composés utiles est
apparu suite au séquençage
des génomes de plusieurs
Streptomyces. En effet,
l'analyse fonctionnelle des
gènes a révélé que les
prédispositions génétiques
de ces microorganismes à
produire des métabolites
secondaires étaient très
sous-estimées. Ces bactéries
possèdent en réalité un
grand nombre de métabolites
« cachés » ou « cryptiques
». En induire la production
permettrait de découvrir
plusieurs milliers de
nouvelles molécules
d'intérêt thérapeutique et
industriel. Compte tenu de
cet enjeu, les
microbiologistes dans le
monde ont fait de cet
objectif un défi majeur.
Le Dr Sébastien Rigali du
CIP à l'ULg, en
collaboration avec le
laboratoire du Dr Gilles van
Wezel de l'Université de
Leiden (Pays-Bas) et celui
du Pr Fritz Titgemeyer à
Erlangen (Allemagne) ont
décidé de relever ce défi il
y a cinq ans. Ils ont estimé
que l'approche la plus
directe de la problématique
serait de tirer les
enseignements du
microorganisme lui-même.
Puisque l'épuisement des
nutriments du sol est un
signal majeur du
déclenchement de la
production des métabolites
secondaires, les questions
auxquelles ils se devaient
de trouver réponse étaient :
comment ces bactéries
détectent-elles les carences
nutritionnelles de leur
environnement et quelles
sont les signaux générés
permettant le passage du
métabolisme primaire au
métabolisme secondaire ?
Au terme de leurs
investigations, les
chercheurs viennent de
découvrir la protéine «
charnière », celle qui
permet le passage du
métabolisme primaire au
métabolisme secondaire chez
les Streptomyces,
et ils en ont déduit la
première cascade
signalétique depuis des
senseurs nutritionnels
jusqu'aux voies de synthèse
des antibiotiques chez
Streptomyces coelicolor,
une espèce de bactéries
appartenant au genre
Streptomyces. Ils ont
également démontré que
l'inactivation de cette
protéine charnière
provoquait la surexpression
des métabolites secondaires
connus chez Streptomyces
coelicolor, mais
qu'elle était également
capable d'induire le réveil
de l'expression de nombreux
gènes cryptiques et donc la
production de nouvelles
molécules.
Sur la base de leurs
travaux, qui font la
couverture cette semaine de
la revue EMBO reports, les
chercheurs déclarent avoir
ainsi mis au jour la
première méthodologie
générale pour provoquer le
réveil de la production des
métabolites cryptiques,
ouvrant de nouvelles
perspectives, entre autres,
pour la lutte contre la
résistance des bactéries aux
antibiotiques et les
thérapies anticancéreuses.
Communiqué par l'Université
de Liège -
Publication dans EMBO
reports
- 4 juillet 2008