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les échanges commerciaux
entre le Pays de Liège
et les Régions de France
Nous remercions
Claude Warzée pour son aimable autorisation
d'illustrer ce site
par ses photos
S'ADAPTER: LE DÉFI PERMANENT
par René G. Thirion Conseiller marketing
J’aime assez le paradoxe et je voudrais commencer cette
chronique par la citation d’un auteur ancien.
" Il n’y a pas plus de recul d’idées
que de recul des fleuves. Mais que ceux qui ne veulent
pas de l’avenir y réfléchissent. En disant non au
progrès, ce n’est point l’avenir qu’ils condamnent,
c’est eux-mêmes " (Victor Hugo – Les Misérables
1862).
Ecrite il y a plus de 130 ans, je lui trouve une
tonalité actuelle qui peut servir de base au
développement des réflexions marketing sur l’adaptation.
La vie est ainsi faite que, depuis la
découverte du premier couteau à l’âge de la pierre
jusqu’à celle de la découpe au rayon laser, l’être
humain a évolué sans cesse, de même que ses entreprises.
Mais les évolutions culturelles et techniques qui l’ont
mené jusqu’aujourd’hui ont, au fil du temps, augmenté
leur vitesse de développement à tel point que l’homme du
2008 a beaucoup de mal à anticiper ou à suivre les
accélérations de ce début de siècle. Il a fallu près de
2.000 ans pour que la production industrielle remplace
la production artisanale. Il a fallu à peine une petite
vingtaine d’années pour l’on passe des fiches en carton
aux fichiers informatiques, il a suffi d’une dizaine
d’années pour qu’Internet prenne le relais du téléphone,
du fax et du courrier.
Face à ces révolutions journalières, l’homme dont la
civilisation s’est basée jusqu’à ce jour sur l’éducation et
l’apprentissage se trouve désorienté et démuni devant des mondes
inconnus et inquiétants. Il n’a pas le temps de les explorer et
de les intégrer dans son système mental qu’ils sont à nouveau
changés. Cela pose un gros problème pour l’enseignement, mais
aussi et surtout, dirais-je en fonction de ma spécialisation,
pour le maintien de l’entreprise européenne.
Notre culture pourrait devenir un frein puissant à la mutation
nécessaire pour survivre. S’adapter de plus en plus rapidement,
accepter le renversement des certitudes et développer une vision
plus sensitive que rationnelle sont les obligations du
millénaire prochain.
Aussi, je voudrais attirer l’attention des chefs d’entreprise
sur les menaces mortelles pour notre région que constitue
l’attentisme dans les nouvelles orientations. Je suis désolé de
voir le nombre de PME/PMI encore absentes d’Internet qui est
pourtant, et chaque jour le prouve davantage, le grand réseau de
communication du XXIe siècle.
Bien sûr, nombreux seront ceux qui trouvent que la création d’un
site est trop coûteuse pour une petite société devant faire
appel à des spécialistes extérieurs. Cette nouvelle manière de
communiquer exige des adaptations rapides et drastiques.
L’adaptation est l’affaire de tous, du patron, mais aussi de
l’ouvrier, de l’employé, mais aussi du vendeur, du citoyen, mais
aussi du politique. Liège doit devenir un pays en perpétuelle et
rapide mutation. Chacun doit s’écarter des sentiers battus et
retrouver l’acceptation de l’incertitude.
De nombreuses aides à la formation sont disponibles pour tous et
pour tous les budgets, preuve d’une prise conscience importante.
Toutefois, les organisations de formation et ses moyens de
financement ne serviront à rien tant que le candidat opte pour
celle-ci dans l’idée qu’elle n’est qu’une étape à franchir pour
obtenir la connaissance nécessaire à sa vie professionnelle ou
sociale. C’est souvent la révolte que je sens chez mes étudiants
qui se découragent à l’idée de l’effort à fournir pour ingérer
des matières qui seront très vite dépassées et donc non
valorisantes sur le plan de l’emploi.
Il faut oublier le " diplôme-sanction " et le savoir universel.
Il faut désormais admettre l’idée que l’étude et l’apprentissage
deviennent le premier travail qui occupera toute une carrière.
Cette vision conduit tout naturellement à une remise en question
de ce qui fait notre culture.
La créativité doit dominer la répétition, la rapidité de
réaction doit remplacer l’attente événementielle, le travail en
" team " doit renverser l’esprit de hiérarchie.
Il est vrai qu’il était plus confortable de vivre lorsque l’on
savait que le titre d’ingénieur durement acquis donnait une
certitude de connaissance valable pour une génération.
Aujourd’hui, l’informaticien se rend compte que l’ensemble des
matières qu’il voit risque de ne plus avoir cours dans deux ou
trois ans. La véritable récompense qu’il aura de son travail,
c’est d’avoir acquis des méthodes pour engranger plus facilement
de nouvelles techniques et de nouvelles avancées.
Tout ceci me ramène à l’entreprise. Elle est semblable à l’être
humain et a besoin elle aussi de cette faculté d’adaptation. Les
marchés bougent et changent rapidement. Les produits et les
services seront nombreux à disparaître d’ici quelques années.
Par contre, une véritable explosion de produits et de services
nouveaux apparaîtra. Je ne puis jouer au devin en donnant une
vue prospective des besoins de demain. Trop de grandes sociétés,
avec de gros moyens humains et financiers, ont essayé de trouver
le fil d’évolution probable pour préparer l’avenir et se sont
trompées lourdement. La seule recette applicable, c’est
l’observation quotidienne des marchés et la veille technologique
pour pratiquer une adaptation rapide.
Ce n’est un secret pour personne que Bill Gates, le patron de
Microsoft, ne crut pas au début au succès d’Internet, laissant
Netscape prendre une grande supériorité auprès des Internautes.
Il faut lui reconnaître une grande capacité d’adaptation, car
très rapidement, il se rendit compte de l’erreur commerciale
qu’il faisait en laissant ce créneau porteur et demanda à ses
services de R&D de créer un produit concurrentiel. Afin
d’accélérer le mouvement de reprise en main d’un marché qui lui
échappait, il créa une véritable révolution en décrétant que
l’Explorer qu’il venait de lancer serait une partie intégrante
de sa suite de logiciels pour bureau et qu’il l’offrait donc
gratuitement. C’est peut-être la première fois, à cette échelle,
dans l’histoire du marketing qu’un producteur investit dans un
nouveau produit et l’offre gracieusement au consommateur,
écrasant ainsi la concurrence et augmentant d’une manière
considérable la part de marché de son produit principal.
Ces remises en question permanentes de l’entreprise vont se
faire de plus en plus nombreuses et de plus en plus rapidement
dans notre région, c’est une évidence. Aussi, mon souhait le
plus sincère est que ma chronique serve de signal d’alarme et
que vous vous prépariez à tous les challenges nouveaux qui vous
attendent.
mars 2008
Les Régions de France et le Pays de Liège: une
culture industrielle, commerciale et artistique inséparables et une volonté de
réussir ensemble